Récit d’océan

J’ai mis mon bateau à la mer 
Pour un voyage à travers l’univers 
Et il navigue entre mes veines 
Sans que mon souffle ne le freine

Je croise torrents et cyclones 
Je dompte doutes et ondulations 
Adule cette promesse d’automne 
Dans l’océan intrépide je me fonds 

Pas d’équipage, je suis déluge solitaire 
Je hais la paix et vénère la guerre 
Les éléments me portent et me bercent 
Tandis que le monde hurle sa messe 

Et quand vient enfin la trêve navale 
Quand l’eau s’apaise après sa fièvre 
J’écoute les flots qui taisent leur râles 
La brise qui chatouille mes lèvres

Rien n’ébranle mon ciel 
Ni l’écume ni le sel 
Qui m’accueillent en eux 
Dans ce ballet mystérieux 

L’ancre jetée au fond de mes entrailles 
L’embarcation bercée par la houle 
À l’horizon une myriade de failles 
Un éblouissement qui s’écoule 

Les noeuds marins sont défaits 
Rupture d’une danse effrénée 
L’appel sourd du naufrage 
Mon destin se dessine au large 

Le songe survit sur mon flanc 
L’idylle latent vire à bâbord 
Les sirènes caressent mes tympans 
Leurs cantiques suaves comme l’écho d’un cor 

Le marasme grandit et s’entête 
Vacarme incessant dans ma tête 
Le long de ma gorge s’épine 
La nostalgie m’arrache à la vie 

Le bois de mon âme est étanche 
À cette eau mêlée au sang  
Tandis que mon cœur flanche 
Capitaine de l’anéantissement

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