Articles

Affichage des articles du 2020

Journal

  Je m’émerveille devant le sublime de l’automne. L’orange et le vermeille aux allures monotones. Je vénère cette enluminure à l’auteur ineffable, et écoute le doux chant des oiseaux qui me content une fable. L’hiver approche au rythme des feuilles qui se détachent et tombent des arbres. Les jours s’éciment et se refroidissent comme du marbre. L’arrivée des précoces soleils couchants de la demi-saison. L’anéantissement abrupt avant l’éclosion. J’observe le reflet des châtaignes dans les yeux d’un passant. La configuration céleste aiguillonne le désir et le vent. À la lueur blême d’une bougie, j’écris des lettres d’amour à la vie. Je savoure ces matins humides et ces soirées tièdes. Les effluves d’un thé, le moelleux d’un plaid. Et quand me manque la chaleur, je pars en cueillir dans mon cœur. 

Vagabonde

Étourdie par les nuages  Je me mêle aux arbres  Parfois sorcière parfois mage  Affamée d’or et de marbre  Un jour acide un jour alcaline  La fraîcheur opaque de l’existence  La sève des destins qui nous alignent  Tous brodés par la même fragrance  Je suis prêtresse toute puissante  Le souffle perlé de légèreté  Comme une pluie tonitruante  Qui berce et qui perce les pensées  Touriste de ce monde  J’explore la terre et le vent  Je me délecte du ciel qui gronde  M’abreuve d’eau et de chants  Mon esprit est limpide  De jardins peuplés d’anges  D’ouragans d’astéroïdes  Et de friandises étranges  Les orteils trempés dans les flammes  Dans des concoctions gourmandes  Le noyau intrinsèque de mon âme  Qui jubile de son existence vagabonde 

Ville mauve

  Sur une dune de miel  Une horde d’hirondelles  Nous escorte jusqu’au ciel  Que l’on creuse à la pelle  Le goût sec du vertige  Nos transes prodiges  Le vent qui se fige  Déesses callipyges Sous un soleil éternel  Chocolat fleur de sel  Escapade temporelle  Le coeur en forme d’ailes  Crépuscule boréale Nos iris qui spiralent Et nos coeurs en cavale  De cette tendre fringale 

aïe

L’instant présent qui coule  Dans les failles du temps  Puissant opium des foules  Qui étouffe ce chant  C’est ce qui fut et qui sera  Qui obstruent nos âmes  Les désespèrent et les broient  Comme une danse sur une lame  Invite ton cœur à sentir  Autorise ton esprit à vivre  Intensément, sans jamais fuir  Comme l’encre agrippée au livre  Libère toi du poids de ta souffrance Qui n’existe que dans tes songes  Enlace cette douce transe  Dans laquelle ton être plonge  Dans le creux de leur mains  Tu trouveras la chaleur  L’essence sans lendemain  L’extinction de la peur  Dans le fond de tes yeux  Tu croiseras l’infini  La terre, l’air, l’eau et le feu  Ton pouvoir qui y gît  Dans les bras de l’univers  Le jour est plein et embué de soleil  Tumulte bleu carmin  Oiseaux et merveilles  Sans frontières ni sablier  Écoute simplement ton cœur s’écouler 

Récit d’océan

J’ai mis mon bateau à la mer  Pour un voyage à travers l’univers  Et il navigue entre mes veines  Sans que mon souffle ne le freine Je croise torrents et cyclones  Je dompte doutes et ondulations  Adule cette promesse d’automne  Dans l’océan intrépide je me fonds  Pas d’équipage, je suis déluge solitaire  Je hais la paix et vénère la guerre  Les éléments me portent et me bercent  Tandis que le monde hurle sa messe  Et quand vient enfin la trêve navale  Quand l’eau s’apaise après sa fièvre  J’écoute les flots qui taisent leur râles  La brise qui chatouille mes lèvres Rien n’ébranle mon ciel  Ni l’écume ni le sel  Qui m’accueillent en eux  Dans ce ballet mystérieux  L’ancre jetée au fond de mes entrailles  L’embarcation bercée par la houle  À l’horizon une myriade de failles  Un éblouissement qui s’écoule  Les noeuds mar...

Papillon

Mon ardeur s’estompe  En aquarelle et arabesque Le souffle des trompes S’évanouit d’un écho sec  Déesse de cette animosité  En maître je règne  L’échine est domptée  Le phœnix se baigne  Mon cocon ébranlé Déballe l’intense rythme  Des crins de mon archet  Hérissés par la douceur infime  Ma carapace se brise  La frénésie s’offre à moi Les nuances se dégrisent  Je dévore cette toile de soie  Dans l’atmosphère paisible   Je me fonds  Et sans réelle cible  Je m’envole, papillon 

“La columna rota”

Suave brume satinée  Le décor est morose  L’aboiement de la vallée   En tumultes et ecchymoses Des falaises maçonnées  Peuplent l’horizon  L’abîme enchevêtrée  Dans l’enclave de la saison   Les remparts en apnée  Où fleurissent les contractions  Corrompent le barrage éprouvé Par ces affres de l’affliction Épines et calamités  Géhenne de châtiments Les martyrs sont tenaillés Prisonniers du malfaisant Ce prince de l’opacité  Cavale en chevalier funeste  Il règne sur les torturés  Ni clément ni leste  Le néant est gangrené  Dans l’arène de ce royaume  Où beugle sans congé La détresse des hommes  De supplices est envenimée  Cette terre maudite  Tailladée et crucifiée  Je suis l’hôte qu’elle habite 

Genèse

Toi, oui toi qui pagaies en silence, oublie le monde, oublie l’univers qui danse. Oublie ton corps, ton enveloppe indécente, ta chair. Oublie le rouage infernal de ton calvaire. Je veux que tout doucement tu voyages, assieds-toi sur un nuage. Prend à droite, ignore tes mains moites. Dans ton âme tu trouvera un trésor, une fleur aux pétales d’or. Le galbe de l’infini, t’invitera en son sein. Sur les murs de tes entrailles, des fresques, des dessins. Ressens la béatitude te posséder, les éléments t’incarner. Oui, le vent qui tressaille en ton coeur et son printemps aguicheur. Laisse ton enfer condescendre, les mystères de ton torrent se noyer dans tes méandres. Introspecte les racines qui s’ancrent paradoxalement dans tes cimes. Savoure l’extravagance de ces ramifications. Le bizarre, l’unique, le fantasque de ce son. Cette perfection trouble, ébranlée et anarchique. Le souffle tourbillonnant que tes vagues communiquent. Délecte-toi de ce rythme abstrait qui émane de ta poitrine. Prend ...

18 avril

chamades mélancoliques  un vacarme intime  l’unique grain du sablier  s’écoule au fond de l’océan  de la morphine ardente des paysages avides aux méduses sordides  l’orchestre qui m’accable  fracture  la folie véritable  carnage impitoyable  les spasmes, le vertige le fauve aboie à la lune  six lettres torpides électriques et déjantées une féerie anéantie  ma plaie ensor-salée 

Essai ou Cavalière

Je chevauche le vide  Non pas dans le vide  Mais bien le vide  L’horloge tourne  affolée  La poussière chante Et le tic toc nous mange  Et le vide  Ce vide  Je le chevauche  Je chevauche  Le souffle des aigles  piègé dans des bulles de miel  Et puis cette rose qui dévore le temps  les marguerites, le soleil dans le vent  Je chevauche  Une rivière éternelle  et rouge  Cannibale de la nuit  Papillons d’étoiles  Je chevauche Ce coeur en forme de guépard  l’ennui  L’orage qui crucifie les nuages  Le jour qui suffoque  Je chevauche  L’errance et la folie du ciel  le charme des fleurs  la morsure de la Terre  qui meurt

Deuil

La plante de mes pieds brûle La chaleur des limbes qui ondule  Le haut de mon crâne gèle  Les anges sont frêles  Entre les deux le chaos  De la chair en lambeaux  Le sol et la terre sont si éloignés  Les étoiles, les trous noirs sont à proximité  Une source de lave insipide  Des nuages et du miel acide  Mes pensées sont ensorcelées  Dans quoi mon esprit s’est enlisé  Je vole à reculons  Dans le néant je me fonds  Des ombres animées  M’hypnotisent, affamées  Je me sens comme dévorée  Mes entrailles saccagées  Ni rêve ni cauchemar  Réel comme les stroboscopes d’un phare Une lancinante agonie qui perdure  Des chants angoissants, des murmures  Et puis à l’état brute  Le deuil, abrupt 

Céleste

Des corbeaux aux ailes dorées  Font une sieste sur ma comète  Ces hôtes comme dans un ballet  Étincellent et animent la fête  Aux horizons des champs de lys  Et l’explosion d’un astéroïde sourd  Éclipse ? Apocalypse ? Vacarme de poussières d’amour  Virevoltant cyclone dans la foule  Les nuages qui essuient le temps  Les étoiles du ciel qui s’écroulent  Les dieux épongeront le vent  Tu disais m’aimer profondément  Dilection au goût d’astres forgés d’or  Mais dis-moi quelle saveur à donc mon sang ? Sur tes papilles en éveil, couleur rouge-mort 

L’ombre

Comme un voile de soie sauvage  Un rêve aux milles rouages  Des mirages cathartiques  La renaissance organique  Pourpre. Ciel de porcelaine  Jouvence ocre et ébène  La flûte des cygnes blancs  Les louves aux griffes d’argent  Fleurs d’eau au fond de ses iris  Le tiède souffle des abysses  De la peau en poussière  Et son amant mortuaire  Turquoise qui coagule  Sirènes en capsules Regarde la mer lactée  Une menthe sucrée au thé  Aigris acouphènes La terre qui saigne  Son cœur t’appelle  Variation frêle 

Méditations

Réminiscences filées  D’enfouies métamorphoses Vent suave des alizés  Et lancinant deuil des roses  Jaillit des roches volcaniques  Eau pure et cristalline  Ô aigre essence féminine  Anime leurs tourments anémiques  Soleil, noient nos cœurs de ta chaleur  Lune, occulte nos inavouées peurs  Regards vides éventrant nos iris  Dans ces abysses nos âmes s’enlisent  Je m’arrache frénétiquement les cuticules  De ma peau et ma chair du sang coule Esprit salvateur prends moi  Libère moi donc de ce poids  L’évanouissement des sens  Comme unique chance  D’enfin s’évader  De cette prison dorée  Et je supplie l’univers de nous offrir une ultime éclipse  où toi la soleil,  moi la lune,  pourrions enfin nous réunir,  apocalyptique symbiose,  corps et âmes en osmose

Sans titre

Mes larmes sont de plus en plus chaudes  Mon corps de plus en plus froid  Qu’ai je été crédule de croire que mes vers et ma prose  Auraient le salvateur pouvoir de me guérir de toi  Mon esprit chaque seconde se tord, se vautre  S’emplie infiniment de pensées morbides  Vos corps appuyés l’un contre l’autre  Vos salives mélangées comme un poison acide  Dans mes rêves ces fascinations obscures  Que je lutte à enfouir au fond de moi le jour  Me rattrapent silencieusement  Tu es encore à moi et elle, délicieusement  Baigne dans son propre sang 

Discussion longue et ordinaire avec mes poupées

Qui vous a fait du mal mes amies? Tout s’est passé il y’a longtemps, dans un lit  Vous sentez vous endolories ? Nous ne sentons plus rien, nous sommes meurtries  Racontez moi donc ce qui s’est passé  Nos cœurs et nos corps sont en lambeaux  Vous êtes vous blessées, êtes vous tombées?  Notre âme est enfouie dans un tombeau  Pourquoi ne voulez vous plus jouer? Jouer, c’est comme ça qu’ils nous l’ont expliquer  Et qui sont-ils, ceux dont vous parlez? Ils sont les doigts, les griffes qui nous ont fouillées  Et le monstre géant qu’on nous a forcé à gober  Racontez moi  Nous ne pouvons pas  Pourquoi ça?  Il nous tuera  Que devons nous faire? Se taire  Et pourquoi? C’est comme ça  N’avez vous pas essayé de punir les méchants? Nous l’avons dis à papa et maman  Et alors, ont ils agit en conséquences? Non, jamais ils ne comprennent les grands...